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POLITIQUES POUR LE DEVELOPPEMENT ET L'EMPLOI DANS LA SOCIETE DE L'INFORMATION
Séminaire-débat au Sénat, Paris 4 Mai 1998
Franco Malerba

Le défi de la société de l’information.
"Gouverner c’est prévoir" et par consequent "la politique est l’art d’inventer le futur", d’imaginer notre société aux prises avec les opportunités et les problèmes qui surgissent et surgiront demain. La politique consiste également à accompagner notre Société vers le futur, en réfléchissant et en légiférant, en cherchant à anticiper les dangers. Cette interprétation de la politique tel un voyage au-delà des frontières du déjà vu, je l’ai justement entendue de la bouche de M. Monory, Président du Sénat, et elle m’est particulièrement chère - étant donnée mon expérience personnelle.

D’ailleurs l’â ge nouveau vers lequel nous naviguons très rapidement est celui de la Société de l’Information : nous sommes en train de laisser derrière nous la société industrielle, avide de ressources finies, pour entrer dans la société des activités liées aux processus de l’information, la société des opportunités infinies. Ce changement est engendré par la poussée des nouvelles technologies de l’électronique, des télécommunications et de l’information numérisée. Toutefois, les temps d’évolution sont aujourd’hui beaucoup plus rapides qu’ils ne l’étaient lors de la transition vers l’industrialisation car les acteurs qui participent et contribuent à la révolution actuelle sont beaucoup plus nombreux.

La nouvelle dynamique de cette société de l’information est basée d’avantage sur l’idée que sur le produit et l’idée a une nouvelle arithmétique qui lui est propre...laissez-moi vous expliquer ceci par un exemple. Si j’ai une pomme et que je la partage avec quelqu’un je finis par avoir une demi-pomme, si j’ai une idée que je partage avec quelqu’un, chacun d’entre nous possède l’idée, toute entière, et même plus. Du partage de l’idée peut naître une autre idée, en d’autres termes, le partage crée de l’abondance plutôt que de la pénurie.

Légiférer pour l’avenir futur en se référant aux modèles du passé (la société industrielle) risque donc d’être terriblement décevant. C’est pourquoi je pense que la proposition de légiférer sur le temps de travail est négative, car elle est liée à une vision du passé, à la logique des processus structurés et de la chaîne de montage; un modèle économique qui est en train de disparaître, englouti par la robotisation, accéléré par chaque nouvelle demande de productivité.

Mais revenons à la Société de l’Information; ce rendez-vous sera celui d’une société d’abondance et d’opportunités, à condition que l’initiative personnelle et la créativité soient libres de se développer, de s’exprimer ; à condition que les processus "en réseau" - stimulateurs de nouvelles intéractions entre les individus, même éloignés - puissent connaître un développement sans obstacle.

La Société de l’Information sera également une société d’incertitudes, exposée aux risques de fracture entre les régions plus développées et mieux équipées en infrastructures et les autres, entre les générations qui ont aisément accès à l’ordinateur (surtout les très jeunes) et ceux qui ont déjà vécu une grande partie de leur vie sans toucher un clavier.

Liberté et solidarité devraient être à la base du nouveau "contrat de société".
Notre aspiration à la liberté (première valeur fondatrice du contrat de société) est - me semble-t-il - l’atout indispensable de départ pour favoriser le développement de cette nouvelle société et pour permettre le plein épanouissement des forces créatrices de richesses sous les formes les plus innovatrices qui soient possibles, du salarié-entrepreneur au télétravail et jusqu’à la projection internationale des petites entreprises grâce au commerce électronique. Je pense cependant qu’il faut également ouvrir une piste de réflexion sur la cohésion de la Société face aux nouveaux défis, pour savoir comment réduire ou supprimer le risque de fracture sociale dans la Société de l’abondance entre ceux qui sont dans la course et ceux qui hésitent ou sont laissés au bord de la route. Je crois qu’il faut expérimenter des solutions innovatrices, dans un certain sens révolutionnaires.

Le plein emploi est encore un objectif possible.
D’abord il faut prendre acte du fait que nous sommes bien loin de la saturation des besoins: l’ê tre humain, dans sa complexité, développe continuellement de nouvelles "représentations de ses besoins" et par conséquent il y a des possibilités infinies pour de nouveaux produits et services grâ ce à la diffusion des nouvelles téchnologies (il suffit de penser à la télévision par satellite ou au téléphone portatif!).

Ensuite, il faut considérer que dans nos analyses les plus péssimistes sur le chô mage, nous concentrons notre attention sur le travail industriel; celui ci est en effet en train de décroître par la substitution du capital au travail (robotisation) qui favorise la productivité industrielle dans un contexte de coû ts salariaux élevés. Ce processus de transfert travail-capital est en soi positif sans devoir envisager une remise en question des conquê tes salariales et sociales, mais il est nécessaire de valoriser les autres gisements d’emplois disponibles en les libérant du modèle rigide du contrat de travail de type industriel. Il y a le vaste domaine des services de proximité, de l’artisanat, qui ne peuvent être soumis au mê me modèle fiscal que celui du travail industriel (dont la valeur ajoutée est multipliée par les machines!), et il y a les nouvelles professions liées aux processus de l’information. Celles-ci constituent le nouveau gisement d’emplois, dans lequelle les caractéristiques du travail sont fondamentalement différentes de celles de l’industrie, car le contenu en talent est devenu très important et la segmentation du travail (et le partage du temps) est particulièrement difficile. C’est pourquoi de nouveaux comportements devront etre instaurés.

La participation pour une politique de plein emploi.
Tout particulièrement dans le contexte des nouvelles professions la relance de l’emploi ne sera plus basée sur le modèle traditionnel du travail salarié mais plustôt sur les modalités les plus variées de self-employement, de participation active et responsable à la formation et à la distribution de la richesse produite, par le biais de l’actionnariat des travailleurs, ce qui veut dire le partage des risques et des bénéfices liés au développement de l’entreprise.

Il faudra de l’autre cô té réaliser un nouveau système de bien être social basé sur la responsabilité des individus à prendre conscience de leurs propres besoins de sécurité, sur une définition claire des critères et des niveaux d’aide que l’Etat doit offrir à ceux qui ne peuvent pas se prendre en charge eux mê mes, sur la distinction très claire entre fonctions d’assistance et toute idéologie ou politique redistributive.

Les systèmes participatifs tendent à stabiliser la production et la consommation des biens et services au niveau du plein emploi en permettant l’ajustement des revenus. Ceci entraine une meilleure utilisation du capital humain qui redevient une ressource rare, fortement demandée par les entreprises et suscite les mécanismes de formation et de requalification continues tout au long de la vie.

Que faire concrètement.
Il faut commencer par refaire fonctionner le marché du travail actuellement grippé, en assouplissant les règles d’embauche et de licenciement et en éliminant les rigidités normatives propres aux grandes firmes, qui ne favorisent pas la rencontre entre l’offre et la demande d’emplois dans les entreprises plus petites. Il faut diminuer la pression fiscale sur les entreprises et les salariés; ce qui aura un effet bénéfique - en particulier en Italie - pour la lutte contre le travail "au noir".

La nouvelle solidarité d’ordre général ne devrait plus faire, à mon avis, référence à l’appartenance à une catégorie particulière de travailleurs mais à l’appartenance et à la participation à la Société tout court, au fait d’en être actionnaire, que ce soit en tant qu’étudiant, travailleur, mère de famille, ou mê me enfant. Le revenu de citoyenneté (ou d’existence) qui en découlerait serait une allocation non-conditionnelle, qui se substituerait aux formes d’assistance sociale conditionnelle (parfois arbitraire), qui ne jouerait par conséquent plus comme une désincitation au travail ou comme une incitation au travail au noir (comme le font les allocations RMI). Le revenu d’existence serait calculé à partir du revenu national global et, par conséquent, il serait aussi un régulateur de l’économie libérale: si le revenu national baisse, le revenu d’existence baisse aussi, ce qui inciterait encore davantage à une reprise du travail.

Dans les nouveaux contrats de travail il devrait y avoir une rémunération forfaitaire de type salarial - assujettie à la contribution sociale - et une rémunération variable de participation - tres légèrement taxée - liée aux performances du travailleur et de l’entreprise. La solidarité de répartition serait encore basée sur la composante salariale alors que le revenu de capitalisation s’appuyerait sur la rémunération variable.

Parmi les consequences révolutionnnaires de la Société de l’Information, nous pourrions avoir également un nouveau type de démocratie participative, intermédiaire entre la démocratie purement représentative, dévenue peu satisfaisante pour les citoyens désormais mieux informés, et la démocratie directe (qui s’exprime à travers le référendum) de moins en moins utopique grâce aux progrès des nouvelles téchnologies de la communication. En voici un example: il y a quelques jours, au Parlement Européen, nous avons reçu la visite de M. André Santini, maire de Issy-les -Moulineaux, qui a introduit dans les sessions de son Conseil Municipal la participation des citoyens par l’intermediaire de la TV par cable, de l’Internet et du numéro vert. Et bien, les résultats de cette expérience sont vraiment intéressants: une participation accrue des citoyens aux débats sur les choix de la ville, une attitude plus pragmatique du Conseil dans son travail, sous les yeux attentifs des branchés aux réseau, la révalorisation de la classe politique locale, plus proche et mieux comprise de ses administrés à travers les nouveaux média.

En guise de conclusion.
Telles sont les quelques reflexions que je voulais vous soumettre devant le défi majeur du sous-emploi qui se pose en termes spécifiques sur notre continent européen et auquel nous devons apporter sans plus tarder une solution originale, mais conforme à notre approche humaniste d’une économie faite pour l’Homme et non l’inverse. Sans doute ne s’agit-il là de ma part que d’un premier effort de prospection replacé dans un cadre de pensée libérale au sens politique aussi bien qu’économique du mot. Peut être me direz-vous que tout a déjà été dit sur le sujet par les économistes et sociologues de tous bords. Mais ce qui me parait indispensable c’est précisement de faire un effort d’immagination pour recomposer les éléments les plus pertinents du problème, en les filtrant et en les réorientant à l’aide de quelques idées-force telles que celle que je vous ai enoncées.

Ainsi et alors seulement pourrons-nous définir une politique de l’emploi pour la future Société de l’Information qui soit tout à la fois réellement cohérente et suffisemment flexible pour pouvoir être appliquée de façon pragmatique et équitable, à toutes les situations, et avec toutes les chances de succès de notre côté.


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